QU’EST-CE QUE LA DETERGENCE ?

Le nettoyage et la désinfection font partie des procédures de biosécurité interne qui réduisent le risque de contamination et de maladies des animaux, au bénéfice de leur état sanitaire, des performances de l’élevage et de la sécurité du consommateur. Le nettoyage a pour objectif d’éliminer la matière organique présente afin de rendre plus efficace l’opération de désinfection. La détergence est une phase du nettoyage qui consiste en l’application sur l’ensemble des surfaces d’un produit détergent dont les propriétés chimiques couplées aux processus physiques du décapage renforcent l’efficacité du nettoyage.

L’USAGE D’UN DETERGENT EST-IL INCONTOURNABLE ?

L’action physico-chimique d’un détergent permet d’éliminer les petites particules de matière organique, et surtout le biofilm qui protège les bactéries (lorsqu’appliqué après décapage).

La détergence est suivie d’un rinçage après lequel la salle doit paraître visuellement propre. A ce stade, environ 80% des germes ont été éliminés.

En 2010, un essai en bâtiment avicole a démontré l’intérêt d’ajouter une détergence lors d’un protocole de nettoyage « amélioré » (détergence, décapage) comparé à un protocole plus simple (décapage haute pression seulement). Le seul effet de la détergence a permis d’améliorer la décontamination de 91%.

NETTOYAGE HAUTE PRESSION : UNE PROCEDURE A RISQUE

Des études récentes ont montré que le nettoyage des surfaces uniquement par le décapage haute pression n’était pas suffisant pour éradiquer les germes présents dans l’élevage, mais pouvait même, à l’inverse, favoriser leur dissémination via l’air, et leur permettre de contaminer des élevages voisins.

En effet, lors de l’épidémie de fièvre aphteuse au Royaume Uni en 2004, les autorités avaient enregistré une transmission du virus par l’air via des gouttelettes d’eau infectées jusqu’à 10 km autour d’une ferme contaminée. La relation entre ce phénomène et l’utilisation de machines de nettoyage à très haute pression a été rapidement établie.

Au-delà d’améliorer la qualité de la désinfection à venir, la détergence permet d’éviter la dissémination de virus et de bactéries dans l’air, d’un élevage à l’autre en limitant l’utilisation de nettoyeurs à pression élevée et en favorisant la moyenne pression (pas plus de 70-100 bar).

QU’APPELLE-T-ON UN BIOFILM ?

Le biofilm est une communauté microbienne qui se développe sur une surface, y adhère et la colonise. Sa formation nécessite la présence préalable de matières organiques inertes sur la surface. Les micro-organismes synthétisent alors une matrice, constituée d’eau à 98-99% et de polymères organiques, dans laquelle ils se multiplient activement. Le biofilm est invisible à l’oeil nu. Sa formation demande quelques heures à quelques mois.

La matrice est très résistante aux variations des conditions de l’environnement : température, humidité, etc. D’où une persistance des micro-organismes sur des durées prolongées. A l’occasion d’un détachement de matières issues du biofilm, les micro-organismes pathogènes qu’il renferme peuvent entrer en contact avec les animaux présents, et constituer une source d’infection.

Une telle communauté qui rassemble de multiples espèces et souches bactériennes favoriserait en outre les échanges de matériel génétique, support de la résistance aux antibiotiques et aux désinfectants.

Les micro-organismes forment systématiquement un biofilm sur les surfaces en présence d’eau et d’éléments nutritifs (qu’apportent les matières organiques). Son élimination lors des procédures de nettoyage et désinfection est favorisée par le trempage, la détergence puis la désinfection.

Grâce au détergent, la couche protectrice visqueuse formée par les germes est déstructurée et une partie des germes est détruite. Par la suite, le désinfectant n’est pas confronté à cette barrière qui possède, selon sa nature, l’aptitude de le neutraliser totalement ou partiellement. Le désinfectant atteint alors rapidement les germes ainsi désarmés et les tue.

COMMENT AGIT LE DETERGENT ?

La formule du détergent doit être spécialement conçue pour les élevages afin de garantir une élimination maximale des souillures sans pour autant augmenter la corrosion des matériaux. Les matières fécales étant plutôt acides et grasses, l’utilisation de produits alcalins (pH > 13 à base de soude ou de potasse) ou de produits neutres (pH env 8-9, moins corrosif) est préconisée.

Le détergent contient des composés tensioactifs qui diminuent la tension superficielle de l’eau et augmente l’effet mouillant. Celui-ci favorise la pénétration de l’eau dans les souillures en permettant un plus grand étalement du liquide.

Par son effet dégraissant, le détergent solubilise les graisses contenues dans les matières fécales et facilite la déstructuration des biofilms par la dissolution des polymères organiques de la matrice. Les salissures ainsi ramollies et mises en suspension sont plus facilement évacuées lors du lavage. Il existe deux familles de détergents, chimiques et enzymatiques.

Il faut tenir compte de l’état des surfaces à nettoyer : porosité des surfaces, présence de fissures limitant l’accès à de l’eau seule restant en gouttelettes.

Remarque : pour s’assurer que le détergent préalablement utilisé (même si rincé) n’inhibe pas l’action du désinfectant, la prise en compte de la compatibilité entre les deux produits est souhaitable.

ATTENTION AUX IDEES RECUES : LA DETERGENCE N’EST PAS UN SURCROIT DE TRAVAIL

L’utilisation d’un détergent, avant ou après le décapage, entraîne une amélioration significative de la qualité de nettoyage des locaux. Son application après le décapage permet d’améliorer la qualité de la désinfection, de dégraisser et facilite la destruction du biofilm bactérien.

Dans la majorité des cas, la phase de détergence précède celle de décapage, ce qui permet de réduire le temps nécessaire à cette opération.

  • En production porcine, ce gain de temps a été évalué à 1,5 heures en maternité, 6,5 heures en post-sevrage et 15 heures en engraissement, par an et pour 100 truies en production. [Corrégé 2003 ; Corrégé 2006]
  • En production de volaille, l’utilisation d’un détergent sur les surfaces les plus sales (lignes de distribution d’eau, chaînes d’alimentation, socles et parois latérales, etc.) permet d’économiser jusqu’à 30% d’eau et de temps de main d’oeuvre dans les opérations de nettoyage [Mahé 2010].

En 2016, une étude Theseo a démontré que l’opération de détergence était bénéfique sur le temps du nettoyage et la consommation d’eau.

L’essai a été conduit dans 3 bâtiments avicoles selon les modalités décrites dans le tableau suivant :

Bâtiment P1 P2 P3
Nettoyage Détergent alcalin, décapage Détergent enzymatique, décapage Décapage
Surface parois latérales nettoyées en m2 770 640 505
Temps lavage parois en h 5 4 4
Temps/100 m2 en h 0,65 0,63 0,8

En prenant le bâtiment P3 en référence, on part du principe qu’il faut 0.8h pour nettoyer 100 m2, sans détergent.

En conservant ce ratio, cela nous donne un temps théorique de nettoyage de 6.2h pour le bâtiment P1 et 5.1h pour le bâtiment P2.

En comparant avec les temps réels de nettoyage pour ces 2 bâtiments, l’application du détergent a permis de réduire le temps de lavage de 20% en moyenne.

Dans ce même essai, l’économie d’eau calculée pour un nettoyage complet de bâtiment avec détergence est estimée à 4000 l / bâtiment, par rapport à un bâtiment sans détergence.

L’éleveur a ainsi pu apprécier le gain de temps de main d’oeuvre et l’économie d’eau notamment par rapport à la difficulté de sécher les bâtiments en hiver. Il souligne également l’intérêt de la détergence pour le maintien de l’intégrité des matériaux, rendant possible un décapage à moindre pression.

COMMENT APPLIQUER LE DETERGENT ?

  • Visibilité + rapidité de l’application : la mousse se voit, cela évite donc à l’opérateur d’oublier de traiter certains endroits ou, à l’inverse, de traiter à plusieurs reprises les mêmes endroits
  • ž Meilleur temps de contact (moins de ruissellement)
  • ž Sécurité pour l’utilisateur : l’application mousse se fait sans formation de brouillard
  • ž Meilleure décontamination (99%)

Il est aussi possible d’appliquer le détergent par pulvérisation simple ou à l’aide de rampes équipées au préalable de pompes doseuses contenant le produit.

Une fois appliqué sur les surfaces, le détergent doit avoir un temps de contact optimal de 20 à 30 minutes (maximum 1 heure). En deçà, le produit n’aurait pas le temps d’agir, au-delà, il sècherait.

Enfin, la concentration en produit préconisée par le fabricant doit être respectée : un sous-dosage réduirait son action tandis qu’une trop forte dose conduirait à un gaspillage de produit et à un surcoût inutile.

SOURCES

http://www.journees-recherche-porcine.com/texte/2003/03txtSante/s0309.pdf
http://www.ifip.asso.fr/sites/default/files/pdf-documentations/tp2002n4correge.pdf
Carrefour de l’eau SANDERS, 2016
Source interne, THESEO
Les fondamentaux de l’hygiène, Nettoyage et désinfection en élevage, Sogeval, 2010